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Réaction de la Fédération des cégeps au rapport Bédard

Trois problèmes de fond : une vision tronquée de l’éducation, une méconnaissance du cégep et une analyse financière erronée

Montréal, le 5 décembre 2003 – La Fédération des cégeps a procédé à une analyse plus détaillée du rapport Bédard, qui lui confirme ce qu’un premier examen laissait entrevoir la semaine dernière : ce rapport ne tient pas la route. Le document commandé par la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) présente une vision tronquée du cheminement éducatif, démontre une incompréhension de la réalité des cégeps et de leurs étudiants, et ne pêche pas par excès de crédibilité sur le plan financier.

En vertu d’une « démonstration » selon laquelle le système d’éducation coûte 1,3 milliard de plus au Québec que dans le reste du Canada, ce dont le cégep serait en grande partie responsable, la FCSQ retient l’hypothèse d’abolir le secteur préuniversitaire du collégial en ajoutant une 6e année au secondaire et une année à l’université, et d’intégrer la formation professionnelle et la formation technique sous la responsabilité des commissions scolaires.

Outre le fait que cette hypothèse tienne du bricolage et ne vise qu’à protéger les bases budgétaires des commissions scolaires, la « démonstration » sur laquelle elle s’appuie est hautement contestable. À titre d’exemple, les calculs contenus dans le rapport combinent sans distinction les données du réseau collégial public et celles du réseau collégial privé, ce qui n’est pas sans créer de la distorsion. Le chercheur en tire pourtant des conclusions qu’il applique aux cégeps seulement. Doit-on déduire que l’hypothèse d’abolir les cégeps s’étend aux établissements privés d’enseignement collégial? Et qu’un collège privé relèverait désormais, en vertu de ce modèle, d’une école secondaire privée?

Trop d’étudiants dans le système d’éducation

Selon le rapport Bédard, il y aurait 40 000 étudiants de trop dans le système d’éducation au Québec. Tout en admettant qu’il est difficile de savoir à quel niveau d’enseignement ils se trouvent, l’auteur suppose qu’ils doivent être entre le secondaire et le cégep. Il établit cette « demande excédentaire de services éducatifs » à 600 M $.

Pour M. Gaëtan Boucher, président-directeur général de la Fédération des cégeps, il s’agit là d’une idée totalement indéfendable. « Doit-on comprendre de cette affirmation que les jeunes du Québec fréquentent trop les écoles, les cégeps et les universités? Seulement 20 % de nos étudiants et de nos étudiantes arrivent du secondaire avec un projet de formation précis. Doit-on sortir du système les 80 % restants parce qu’ils hésitent sur leur orientation scolaire? Et en quoi l’abolition des cégeps réglerait-elle la question? Les jeunes se chercheront à l’université plutôt qu’au cégep, et il leur en coûtera beaucoup plus cher », a-t-il affirmé.

Pour aider les jeunes qui arrivent du secondaire mal préparés aux études supérieures et mal orientés, tous les cégeps ont dû mettre en place une session d’accueil et d’intégration et créer des centres d’aide, notamment en français et en mathématiques. Cet automne, ils sont quelque 6000 étudiants inscrits en session d’accueil et d’intégration.

La prolongation des études collégiales ne coûte pas un sou de plus

Au cégep, lorsqu’un étudiant décide de prolonger ses études au-delà de la durée prévue, il n’en coûte pas un sou de plus à l’État. Car contrairement aux écoles du primaire-secondaire, les cégeps sont financés sur le nombre d’inscriptions aux cours et non sur le nombre d’étudiants. Cette différence fondamentale entre les deux réseaux a échappé à l’auteur du rapport, qui n’a pas compris les modalités de financement des collèges et a conclu, sur des bases erronées, qu’une somme de 271 M $ serait récupérée si les étudiants n’allongeaient pas leurs études collégiales au-delà du nombre de sessions prévu.

Des jugements de valeur

Le rapport Bédard évalue à 112 M $ la « dépense excédentaire » au niveau collégial — une hypothèse fondée en bonne partie sur des jugements de valeur. Ainsi, le chercheur invoque comme argument le fait que le ratio étudiants-enseignant serait moins élevé dans le réseau collégial québécois qu’ailleurs au Canada. Il semble y voir une source d’inefficience, alors que les avantages pédagogiques d’un moins grand nombre d’étudiants par enseignant sont bien réels.

Il établit en outre une comparaison entre le ratio élèves-éducateur au primaire-secondaire et au collégial. Cette comparaison est injustifiée puisqu’elle ne tient pas compte de l’appartenance du cégep à l’enseignement supérieur. Les responsabilités du personnel enseignant y sont différentes de celles du personnel au primaire-secondaire. Au cégep, les enseignants et les enseignantes donnent non seulement des cours mais élaborent aussi des programmes d’études, les révisent, les implantent, et mènent des activités de recherche notamment.

Un autre argument de l’auteur porte sur l’existence au cégep de cours de formation générale commune à tous les étudiants, ce qui aurait pour effet « d’alourdir la formation technique ». Outre le fait que cette affirmation soit purement hypothétique, elle ne tient aucun compte de l’intérêt, pour le Québec, de pouvoir compter sur des techniciens et des technologues qui possèdent non seulement des compétences spécialisées, mais aussi un bagage de connaissances générales.

Une réforme de structures qui coûterait cher

Le projet de réorganisation retenu par la Fédération des commissions scolaires ne se réaliserait pas à coût zéro. Le rapport Bédard évoque minimalement une augmentation de 33 % du total des frais de scolarité au baccalauréat, due à l’ajout d’une année universitaire, et une augmentation des taxes pour soutenir les commissions scolaires, qui auraient à gérer la formation technique en plus de la formation professionnelle.

Ce projet ne se ferait pas non plus sans un coût significatif sur le plan éducatif et social. « Ses effets sur la persévérance scolaire, l’exode des jeunes, le développement des régions et la valorisation des études, pour ne nommer que ceux-là, seraient désastreux. Le présumé « effet de ralentissement » attribué au cégep par le rapport Bédard se changerait en « effet de décrochage scolaire et social » », a conclu M. Boucher.

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Source : Caroline Tessier
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