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par Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps

Cette réplique a été publiée dans le quotidien La Presse le 17 mai 2022.

Dans un éditorial intitulé L’anomalie des infirmières à deux vitesses paru dans La Presse du 12 mai dernier, la journaliste Stéphanie Grammond reprend directement l’essentiel de l’argumentaire déployé depuis plusieurs années par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) dans sa charge contre le DEC qualifiant en Soins infirmiers, argumentaire répété récemment dans le cadre des états généraux commandés et orchestrés par l’OIIQ. Ce qui nous paraît particulièrement regrettable, c’est que Mme Grammond le fait en se gardant bien de s’encombrer de nuances et encore moins d’avis divergents, ce qu’on devrait pourtant prendre bien soin de mettre dans la balance avant de prendre position dans le cadre d’un débat éclairé.

La Fédération des cégeps et plusieurs de ses partenaires ont déjà répondu à nombre des arguments de l’OIIQ pour rendre le bac obligatoire afin d’exercer la profession d’infirmière, notamment dans des lettres parues dans ce même journal en mai et en septembre 2021. Mais, comme la répétition a ses vertus, reprenons l’exercice ici.

Mme Grammond s’inquiète d’entrée de jeu qu’au Québec deux chemins différents mènent à la profession d’infirmière, le DEC et le bac, sous prétexte que les finissantes du cégep auraient un bagage moindre que celles de l’université. Dans la foulée, elle affirme que peu importe leur diplôme, toutes les infirmières ont le droit de pratiquer les mêmes actes réservés.

Or, la réalité est toute autre. Sur les 17 activités réservées à la profession infirmière, 14 sont communes aux infirmières détentrices d’un DEC ou d’un bac, alors que les trois autres ne concernent que les infirmières cliniciennes qui, elles, détiennent un bac en Sciences infirmières ou une maîtrise. Il ne faut pas comparer des pommes avec des oranges. Là où Mme Grammond et l’OIIQ croient observer une anomalie, nous voyons au contraire une belle complémentarité.

De la même manière, la comparaison entre le système de formation particulier au Québec (composé de deux réseaux d’enseignement supérieur, les cégeps et les universités) avec d’autres systèmes est peu pertinente. Le cégep n’a pas d’équivalent ailleurs. Dans les autres provinces, par exemple, le collégial n’offre pas de formation générale. En outre, en Ontario, les collèges ont l’autorisation d’offrir des BAC appliqués sans partenariat avec les universités. C’est peut-être une piste à explorer pour le Québec!

Ailleurs dans son texte, Mme Grammond opère un curieux rapprochement entre la mauvaise organisation du travail et les autres lacunes de notre réseau de la santé et la présence d’infirmières détenant un DEC.

C’est d’autant plus curieux que le tout récent rapport du Groupe de travail national sur les effectifs infirmiers publié par le ministère de la Santé et des Services sociaux consacre tout un volet à l’organisation du travail dans le réseau de la santé et ne mentionne nulle part le BAC obligatoire comme faisant partie des solutions pour résoudre le problème. Au contraire, il est écrit en toutes lettres que, « [t]rop souvent, on ne prend pas, ou peu, en compte les compétences, l’expertise et les connaissances des membres de l’équipe en poste pour décider de la répartition des patients [et] des experts soutiennent que 50 % des actes procéduraux pourraient être accomplis par du personnel infirmier auxiliaire et que des tâches de bureau pourraient être assumées par des agents administratifs. »

Autrement dit, la clé réside dans la complémentarité plutôt que dans l’uniformité mur à mur. Contrairement à ce que laisse entendre Mme Grammond, les infirmières diplômées du cégep ne font pas partie du problème, mais plus que jamais de la solution.

En outre, le moment ne peut être plus mal choisi pour proposer de rendre obligatoire l’obtention d’un diplôme universitaire pour les prochaines générations d’infirmières, alors même que le Québec connaît d’importantes pénuries de personnel infirmier et qu’il peine à se sortir d’une crise sanitaire d’une ampleur inédite. La Fédération des cégeps rappelle à ce titre qu’aucune étude sérieuse, ni avant ni pendant la pandémie, n’est jamais venue confirmer la nécessité d’amorcer un tel virage, ni appuyer la prétention de l’OIIQ reprise par Mme Grammond selon laquelle augmenter la durée des études rendrait la profession plus attractive.

Un fait demeure : la formation offerte dans le programme de DEC en Soins infirmiers, qui est en cours d’actualisation, contribue à former des professionnelles efficaces et compétentes, habilitées à intervenir dans différents milieux de la santé et à faire preuve de jugement clinique.