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par Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps

Cette lettre a été publiée dans le quotidien La Presse le 13 septembre 2021.

Dans le texte Une question de rétention ou de formation? paru dans La Presse du 9 septembre dernier, la journaliste Marie-Ève Morasse tente de décortiquer le phénomène de la pénurie d’infirmières dans le réseau de la santé, en faisant valoir le point de vue de différents acteurs, dont celui de la Fédération des cégeps. Si nous ne pouvons que nous réjouir de voir repris publiquement un cri d’alarme que nous n’avons cessé de lancer sur toutes les tribunes et auprès de tous les gouvernements depuis plusieurs années, l’article contient cependant un certain nombre d’inexactitudes que je souhaiterais corriger. Des inexactitudes qui, selon mon analyse, sont peut-être le fait de personnes qu’on imagine de bonne foi, mais qui commentent des réalités qu’elles connaissent mal.

Ainsi, il est pour le moins étonnant de voir quelqu’un du milieu universitaire avancer que 32 % seulement des étudiantes obtiennent leur diplôme au cégep, alors que quiconque connaît un peu le réseau collégial public sait bien que ce taux est plutôt de… 66 % deux ans après la durée prévue! Donc, de 8 % supérieur à celui des étudiantes de l’université, si l’on reprend la comparaison formulée dans le texte.

En revanche, c’est sans aucune surprise que nous voyons l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) sauter sur l’occasion pour réclamer que le baccalauréat soit obligatoire afin d’exercer la profession d’infirmière au Québec. Il s’agit là d’une vieille lubie de l’OIIQ, qui n’en démord pas même si cela n’est pas son rôle et même si le pouvoir de décider de l’adéquation entre la formation et la pratique infirmière ne lui a jamais appartenu, toute décision à cet égard relevant des autorités gouvernementales. Le président de l’Ordre affirmait même, dans l’article du 9 septembre, que la formation collégiale est plus longue que la formation universitaire! Une affirmation aussi ridicule laisse perplexe.

Persistant sans résultat dans la même voie depuis plus de 20 ans, l’OIIQ a organisé, en mai dernier, des états généraux sur le sujet, à l’occasion desquels les acteurs du réseau collégial ont été volontairement limités dans leur participation et leurs interventions, et dont les conclusions étaient formulées dès le départ. Alors que les employeurs conviennent de la qualité de cette formation, allonger et compliquer le parcours menant à la profession infirmière est un risque que le Québec ne peut tout simplement pas courir. Car, la question se pose vraiment : lorsqu’il y a pénurie de main-d’œuvre dans un secteur comme la santé, comment peut-on envisager de faire passer de trois à cinq ans la durée des études avant de permettre aux futures infirmières de joindre un milieu de travail qui n’en peut plus de les attendre? Et ce, alors qu’aucune étude sérieuse n’est jamais venue confirmer la nécessité d’amorcer un tel changement, et même si les cégeps sont prêts à faire évoluer l’enseignement qu’ils offrent, réclamant eux-mêmes une révision de leur programme d’études par le ministère de l’Enseignement supérieur? Une demande qui, soit dit en passant, demeure sans réponse depuis des années.

Si l’on donne la parole, comme nous l’avons fait dans un sondage au printemps dernier, aux futures infirmières, la réponse est limpide : 44 % des 3500 étudiantes inscrites en Soins infirmiers au cégep ayant participé au sondage n’auraient pas choisi la profession si le rehaussement réclamé par l’OIIQ avait été en vigueur et 80 % d’entre elles sont de toute manière défavorables à l’obligation de détenir un diplôme universitaire. Dans un contexte difficile et malgré les conditions de travail exigeantes, ces étudiantes affichent une volonté ferme de servir dans le milieu de la santé et des services sociaux. Ne devrions-nous pas les écouter et les retenir au lieu de tout faire pour les décourager, en faisant vaciller, en plus, la détermination de toutes celles qui envisagent présentement de choisir cette carrière?