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Publication d’une étude réalisée pour la Fédération des cégeps

Le cégep est un antidote au décrochage des jeunes au secondaire

Montréal, le 21 avril 2004 – Dans l’étude L’apport des cégeps à la société québécoise rendue publique aujourd’hui, M. Pierre Fortin, professeur au Département des sciences économiques de l’UQAM, M. Marc Van Audenrode, professeur au Département d’économique de l’Université Laval, et Mme Nathalie Havet, chercheure au Groupe d’analyse de Montréal, démontrent, chiffres à l’appui, que le rapport Bédard publié en novembre dernier par la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) est dans l’erreur.

« Ce qui pose surtout problème dans ce rapport, c’est qu’il rend les cégeps coupables d’une présumée « dépense excédentaire » en éducation au Québec et qu’il s’appuie pour le démontrer sur des erreurs factuelles et des omissions majeures », a affirmé l’économiste Pierre Fortin. Rappelons que, selon le rapport Bédard, le Québec dépenserait 1,3 milliard de trop en éducation, une « dépense excédentaire » dont les cégeps seraient responsables à la hauteur de 1 milliard de dollars. C’est sur ce diagnostic que repose la principale recommandation de ce rapport : abolir le secteur préuniversitaire des cégeps et le remplacer par une 6e année au secondaire et une année supplémentaire à l’université.

Des erreurs et des omissions

Or cette hypothèse n’est absolument pas crédible, ni du point de vue financier ni du point de vue éducatif. À travers une analyse en sept points, les chercheurs démontrent que la « dépense excédentaire » en éducation au Québec — une affirmation du rapport Bédard dont on pourrait d’ailleurs débattre longuement — n’a rien à voir avec le réseau collégial. Les chercheurs estiment notamment que d’autres facteurs sur lesquels les réseaux d’enseignement ont très peu de prise, comme la rémunération, le ratio élèves-enseignants, l’aide financière aux étudiants et les services de garde en milieu scolaire entre autres, peuvent expliquer en totalité cette « dépense excédentaire ».

En plus de relever une erreur de double comptage de 271 M $ commise dès le départ dans le calcul de la dépense jugée excédentaire au niveau collégial, les chercheurs observent, sur la base d’une analyse plus fine des statistiques, que le « problème » d’un taux de fréquentation scolaire supposément excessif au Québec n’existerait même pas. Par conséquent, aucune base sérieuse ne permet de conclure avec la Fédération des commissions scolaires que le Québec dépense 600 M $ par année pour servir 40 000 étudiants « de trop » dans les cégeps.

Un accélérateur de scolarisation…

Parmi leurs constats, les chercheurs remarquent qu’il existe un contraste saisissant entre le taux de décrochage relativement important des jeunes Québécois au niveau secondaire — 13 % au Québec contre 9 % dans le reste du Canada — et leur succès remarquable dans l’obtention de diplômes au niveau postsecondaire.

Au Québec, les jeunes décrocheurs du secondaire ont trois caractéristiques fondamentales : ils sont plus nombreux que dans les autres provinces, ils abandonnent leurs études plus tôt et leur abandon scolaire est plus souvent définitif. Mais le fossé entre les jeunes du Québec et ceux du reste du Canada ne perdure pas au-delà du niveau secondaire où, au contraire, la tendance s’inverse. Avec un taux qui s’élève à 69 %, le Québec occupe le premier rang au Canada dans l’obtention de diplômes postsecondaires. Ce taux se chiffre à 63 % en Ontario, 61 % dans l’Atlantique et 54 % dans l’Ouest.

Selon les auteurs de l’étude, il faut y voir l’œuvre des cégeps. « Ce revirement inattendu confirme le rôle crucial des cégeps, qui agissent comme un antidote à la forte propension des jeunes Québécois à décrocher du secondaire. Cela constitue, à nos yeux, une preuve de leur apport exceptionnel à la performance du système d’éducation au Québec », a indiqué M. Fortin. Les chercheurs ont notamment examiné les raisons pour lesquelles les jeunes ne poursuivent pas leurs études postsecondaires dans l’ensemble du Canada, dont le manque d’argent, l’indécision quant à leur orientation scolaire, et l’éloignement du collège ou de l’université. Ils concluent que le système collégial québécois atténue de manière significative la portée de chacun de ces trois obstacles.

…qui lutte contre les inégalités sociales

En outre, la forte scolarisation québécoise au niveau collégial a des effets positifs sur la répartition des revenus et sur l’équité — une contribution des cégeps à la justice sociale, en quelque sorte. Selon M. Fortin : « Les cégeps ont déclenché une révolution culturelle au Québec : celle du passage quasi obligé au niveau postsecondaire. Les gains qui ont suivi sur le plan des salaires et sur celui de l’emploi sont très significatifs. » La grande popularité du diplôme collégial au Québec fait faire un bond de 15 % au taux d’emploi des jeunes et fait augmenter de 11 % leur rémunération. En exerçant une influence déterminante sur la concentration des diplômes au niveau postsecondaire, les cégeps contribuent à réduire les inégalités sociales et la polarisation des revenus. « Il s’agit bel et bien d’un progrès pour les classes à revenu modeste et moyen », a-t-il ajouté.

Pas d’économies, bien au contraire

Selon une estimation conservatrice, l’abolition du secteur préuniversitaire collégial proposée par la FCSQ coûterait au minimum 170 M $ de plus par année à la société québécoise. Ce coût supplémentaire s’explique par le fait que la dépense liée au transfert à l’université de l’étudiant en deuxième année de cégep serait supérieure à l’économie qui serait réalisée par le transfert au secondaire de l’étudiant en première année de cégep. Ce chiffre a été établi par les chercheurs selon un calcul pro forma réalisé à partir des données financières et des statistiques sur les effectifs étudiants publiées par le ministère de l’Éducation pour l’année 2001-2002. Il ne tient pas compte des coûts de transition qui s’ajouteraient à la réforme proposée par la FCSQ.

Selon M. Fortin, M. Van Audenrode et Mme Havet, l’abolition du secteur préuniversitaire collégial au profit d’une 6e secondaire et d’une année supplémentaire à l’université aurait comme conséquence de faire augmenter le montant global des droits de scolarité et des droits d’inscription universitaires. Les étudiants en deuxième année de cégep perdraient la gratuité scolaire et devraient ainsi verser 85 M $ environ en frais universitaires divers. Elle aurait aussi comme effet d’inciter les commissions scolaires à augmenter les taxes scolaires. Par ailleurs, le gouvernement du Québec subirait de fortes pressions pour accroître ses subventions aux commissions scolaires et aux universités, ce qui pourrait se traduire par des hausses d’impôt ou des réductions de services ailleurs dans le secteur public. Les collèges préuniversitaires privés, quant à eux, devraient fermer leurs portes ou se recycler au secondaire.

Un modèle à exporter

L’étude publiée aujourd’hui souligne également que l’impact des cégeps sur le développement du Québec dépasse largement leurs activités éducatives immédiates. Chaque année, les cégeps injectent plus de 1,5 milliard de dollars en dépenses directes dans le circuit économique local. Pour les villes non universitaires qui accueillent des cégeps, cette injection de fonds est particulièrement importante. La contribution du réseau collégial est aussi d’ordre socioculturel. Par exemple, les cégeps partagent avec le milieu leurs infrastructures et leurs équipements, et organisent des activités artistiques, sportives, scientifiques et socioculturelles de grande portée.

« Nous constatons que le succès des cégeps a été jusqu’ici grandement sous-estimé dans les débats publics et que cette perspective doit être rectifiée. À la limite, nous serions prêts à avancer que ce n’est pas le Québec qui devrait envisager d’importer le système canadien, mais le Canada qui devrait envisager d’importer le système québécois », ont conclu M. Fortin, M. Van Audenrode et Mme Havet.

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Source : Caroline Tessier
Cellulaire : (514) 239-2088